1009, rue Isidore Ducasse

FICTION  par LA PLUME DU CHAKAL //

◊ Lauréat du Prix « Streetpress – Sale temps pour les ours  » du court littéraire 2016 ◊

 

« 1009 de la rue Isidore Ducasse. Nous y sommes, p’tit gars. »

Je refile ses deniers au tacos qui s’en va s’garer en cahotant sur le trottoir fissuré. Le chauffeur en fer à cheval entre dans le rade installé là, le « Vaut mieux ici qu’en face ». Je ne prends pas le temps de m’amuser de la chose et file relativement droit vers la lourde de l’immeuble, slalomant entre les cratères et les taupinières qui jonchent la route dépavée. Je découvre maintenant, en lieu et place d’une porte classique, une planche en bois troué. Mais vernis. Amusant. Je donne une légère poussée à ladite planche et celle-ci s’ouvre dans un grincement, laissant passer un air noirâtre à travers ses trous. Hé ! Le 1009 de la rue Isidore Ducasse me semble être un immeuble bien agréable.

Je pénètre le corridor froid, poussiéreux, et même un peu puant. Une odeur de renfermé et de moisissure me prend la gueule. J’en manque d’en dégobiller mon absence de p’tit déj’. Et puis, vient s’ajouter à la vue triste et aux odeurs malsaines le son d’un piano un poil désaccordé mais bluesy à souhait. Je longe le corridor, me laissant guider par la mélodie, le corps voûté pour éviter les quelques restes d’air noirâtre stagnant au plafond. Je crois reconnaitre Me & The Devil. Amusant. Je me retrouve devant une lourde, le même genre de planchette en bois de que dalle que celle de l’entrée. La musique s’arrête et une voix féminine, usée par une vie de bourbon et de cancerettes, se manifeste soudain à travers la boiserie vermoulue, m’invitant à entrer dans sa danse. Je pousse la porte du plat de la main, elle passe à travers. Je marque un temps d’arrêt, me pince les pulpeuses, et puis j’ouvre complètement la porte, toujours autour de mon bras, sous le rire rauque qui se transforme sur la fin en une toux grasse de la gonzesse installée là, devant son piano désaccordé.

 

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